Les secrets de santé d’Hildegarde de Bingen
Prendre soin de sa santé naturellement ne date pas d’hier. Au Moyen Âge, Hildegarde de Bingen, déclarée sainte et docteur de l’Église catholique en 2012, prodiguait de nombreux conseils de santé, dont certains sont encore d’actualité. De l’alimentation à l’utilisation des plantes, en passant par l’état d’esprit, cette figure mythique de la période médiévale a tant à nous transmettre.
Qui était Hildegarde de Bingen ?
Hildegarde de Bingen a vécu au Moyen Âge en Allemagne* où elle est devenue abbesse vers l’âge de 35 ans. Elle a écrit de nombreux ouvrages religieux, mais également sur le bien-être et la santé naturelle. Très avant-gardiste, elle est de nos jours considérée comme la première naturopathe européenne. À travers ses écrits, elle nous a transmis de nombreux enseignements, encore d’actualité, dont certains ont été validés, notamment par la phytothérapie moderne.
Ses enseignements sont tombés dans l’oubli pendant plusieurs siècles. Quand ont-ils refait surface ?
Après son décès en 1179, à l’âge de 81 ans, ses ouvrages ont été copiés et illustrés par des moines copistes au xiiie siècle. Ils sont ensuite tombés dans l’oubli jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, quand un médecin autrichien, le docteur Hertzka, les a redécouverts.
Convaincu de l’efficacité des conseils d’Hildegarde de Bingen qu’il avait testés sur ses patients, il a voulu les transmettre et a formé un grand nombre de personnes comme le docteur Strehlow qui deviendra son successeur. En France, c’est le naturopathe Daniel Morin qui, dans les années 1990, a mis en avant l’approche d’Hildegarde.
Quelle vision Hildegarde de Bingen avait-elle de la santé ?
Elle avait une vision holistique de l’Homme et de sa santé, rendant indissociables le corps, l’âme et l’esprit. Elle disait ainsi qu’il était important de se servir de ses pieds pour être en bonne santé, ce qui correspond aux bienfaits de l’activité physique. Elle prônait aussi un état d’esprit positif, disant qu’il était important d’avoir une vision optimiste de la vie. Dans l’un de ses ouvrages, Les mérites de la vie, elle nous exhorte à trouver l’équilibre en tout, la juste mesure, par exemple en évitant aussi bien l’excès de joie que l’excès de tristesse. Cette recherche de l’équilibre et de la tempérance est un principe fondamental pour elle.
L’alimentation avait une place importante dans son approche. Que conseillait-elle ?
Elle considérait que l’alimentation devait favoriser une bonne digestion, stimuler le système immunitaire et être reminéralisante. Bien que l’alimentation conseillée soit plutôt végétarienne, la consommation de viande ou de poisson pouvait être recommandée selon les profils. Certains aliments étaient interdits pour tous, comme la pêche, la prune, la fraise et le porc. Pour elle, ces aliments affaiblissaient le corps, notamment parce qu’ils favorisaient la fabrication de ce qu’elle appelait la bile noire – ce qui correspond de nos jours aux acides biliaires –, l’une de nos humeurs (liquides corporels) qui pouvait induire mélancolie, colère et négativité. Autant de forces négatives à l’origine des problèmes de santé selon elle.
D’autres aliments étaient au contraire vivement recommandés. Son aliment phare était l’épeautre, qui correspond aujourd’hui au grand épeautre, non hybridé, c’est-à-dire non croisé avec du blé. Elle lui accordait de nombreuses vertus, dont celle d’améliorer la résistance à la fatigue, d’être très digeste (ce qui en fait une alternative intéressante pour les personnes sensibles au gluten), de stimuler le système immunitaire, de réguler la glycémie ou d’avoir des propriétés anti-allergiques. Il peut être consommé sous forme de couscous, de riz, de pâtes, de flocons, de café ou de bière.
D’autre part, les épices, comme le cumin, la cannelle, la muscade ou le girofle, avaient également une place importante dans son quotidien. Elle disait qu’elles favorisent la digestion et l’assimilation des nutriments et en période hivernale, soutiennent aussi le moral, car elles sont équilibrantes du système nerveux. Ces ingrédients se retrouvent dans l’une de ces recettes préférées : les biscuits de la joie.
Pour les préparer, mélangez 500 g de farine d’épeautre non hybridé T65, 150 g de beurre pommade, 150 g de sucre complet, 150 g d’amandes douces, 3 gros oeufs bio et 30 g d’épices moulues (cannelle, clou de girofle, muscade).
Divisez ensuite la pâte en deux et étalez chaque pâton en forme de carré directement sur du papier cuisson. À l’aide d’un couteau ou d’un emporte-pièce, découpez les gâteaux et disposez-les sur deux plaques que vous enfournerez pendant 17 à 20 minutes à 200 °C. Compte-tenu de la richesse en épices, il est conseillé de manger au maximum trois biscuits par jour pour les enfants et cinq pour les adultes.
Hildegarde de Bingen utilisait-elle aussi les plantes ?
Grande connaisseuse des plantes, elle les utilisait en les intégrant en poudre dans l’alimentation, en faisant des boissons à base de vin et de miel, en infusions, mais aussi sous forme de crèmes, baumes, macérats huileux ou cataplasmes.
Sa plante de prédilection était le galanga (Alpinia officinarum), une plante de la même famille que le gingembre et aux vertus similaires. C’était sa plante à tout faire. Elle l’utilisait aussi bien pour soulager les nausées, stimuler la digestion, améliorer les maux de ventre, que pour ses vertus antibactériennes, antivirales et revitalisantes. Le plus souvent, le rhizome réduit en poudre était intégré dans l’alimentation. Aujourd’hui, vous pouvez utiliser le galanga en poudre en ajoutant une petite pincée à chaque repas dans votre alimentation. Le galanga est contre-indiqué si vous prenez des anticoagulants.
Elle conseillait aussi le fenouil (Foeniculum vulgare) sous forme d’infusion de graines, surtout pour favoriser une bonne digestion. Cette dernière constituait un pilier pour Hildegarde qui accordait déjà à son époque une grande importance à la santé intestinale et au microbiote et ses interactions avec le système immunitaire. Elle recommandait aussi d’intégrer les graines de fenouil en cuisine, par exemple dans un couscous d’épeautre. Le fenouil est le seul légume qu’elle conseillait cru. Les crudités avaient en effet peu de place dans son alimentation, préférant les cuissons longues et à basse température.
Pouvez-vous nous partager quelques conseils de l’abbesse toujours d’actualité pour soulager nos petits maux du quotidien ?
Quasiment tous ses conseils sont applicables aujourd’hui. Pour préparer ses recettes, il suffit de quelques ingrédients simples.
Par exemple pour la boisson de persil (Petroselinum crispum), il faut 8 à 10 tiges de persil plat bio, un litre de vin bio rouge ou blanc, une cuillère à soupe de vinaigre de vin bio et 100 g de miel bio. Faites bouillir le tout pendant 5 minutes, puis filtrez. Prenez-en une cuillère à soupe après chaque repas pour favoriser votre digestion.
Cette boisson a aussi une action anti-stress et anti-fatigue. Elle favorise un sommeil réparateur et la régulation de la tension. Une autre recette est la compote de pommes au pavot (Papaver somniferum) qui permet de favoriser le sommeil.
Il suffit d’ajouter 1 à 2 cuillères à café de graines de pavot dans votre compote le soir.
Pour lutter contre le stress, nous avons déjà évoqué les biscuits de la joie, mais Hildegarde de Bingen vous aurait aussi probablement conseillé de porter sur vous, en pendentif ou bracelet, par exemple, une pierre de calcédoine, qui équilibre les émotions et apporte de la sérénité.
En cas de problématiques articulaires, elle vous aurait conseillé d’appliquer localement la chrysoprase, une variété de calcédoine.
Enfin, pour les femmes souffrant de règles douloureuses ou à l’approche de la ménopause, elle préparait une boisson de scolopendre (Asplenium scolopendrium), une variété de fougère que l’on trouve encore aujourd’hui en herboristerie.
Mettez 6 g de scolopendre séchée dans 750 ml de vin rouge bio. Portez à ébullition sans couvercle et laissez bouillir à petits bouillons pendant 5 minutes, puis ajoutez 5 g de poivre long et 20 g de cannelle.
Faites bouillir de nouveau pendant 5 minutes puis ajoutez 80 g de miel bio. Laissez bouillir encore 2 minutes avant d’éteindre le feu et de couvrir. Laissez tiédir puis filtrez avant de mettre en bouteille.
Elle conseillait d’en prendre deux cuillères à soupe après les trois repas pendant une semaine, puis deux cuillères à soupe avant et après les repas pendant 6 semaines. Cette boisson est également intéressante pour réguler en douceur les fonctions d’une thyroïde un peu paresseuse.
Propos recueillis par Florence Müller et Alessandra Moro Buronzo


