JANVIER

Une journée dans l’assiette d’Hildegarde

Hildegarde de Bingen nous a transmis des conseils alimentaires et des recettes naturelles datant de plus de 800 ans. Sont-ils toujours applicables aujourd’hui ? La réponse est oui ! Dans cet article, vous allez découvrir comment passer une journée dans l’assiette d’Hildegarde !

Hildegarde de Bingen : d’hier à aujourd’hui

Hildegarde de Bingen est une abbesse bénédictine allemande du XIIème siècle. Elle est considérée comme l’une des femmes les plus influentes du Moyen Âge. A la fois visionnaire, compositrice, écrivaine et savante, elle est célèbre pour ses contributions dans des domaines variés tels que la théologie, la médecine, la musique et la science naturelle.

Hildegarde de Bingen a développé une approche holistique de l’alimentation. Dans ces écrits, elle détaille les aliments en précisant leurs effets sur l’organisme, qu’ils soient bénéfiques ou néfastes. Elle donne la première place au grand épeautre (non hybridé), aux fruits, aux légumes ainsi qu’aux herbes aromatiques, tout en avertissant sur certains aliments qu’elle considère comme des « poisons » pour le corps.

A partir du XXème siècle, ses écrits seront repris et analysés par deux passionnés. Le premier autrichien et le second allemand (Dr Hertzka et Wighard Strehlow). Grâce à eux, ses conseils et ses recettes de santé sont redécouverts. Ils sont vérifiés scientifiquement et expérimentés auprès de milliers de personnes.

Le grand épeautre non hybridé

Tout d’abord, il est bon de noter que le petit épeautre et le grand épeautre sont deux céréales distinctes. Le grand épeautre, souvent appelé « épeautre », est une variété de blé ancienne dont Hildegarde vantait les mérites. Cependant, il est aujourd’hui très souvent croisé avec du blé afin d’améliorer son rendement. Ce qui altère certaines de ses qualités nutritionnelles.

Fort heureusement, il est possible de trouver du grand épeautre non hybridé, auprès de fournisseurs certifiant une traçabilité rigoureuse. Vous trouvez la céréale dans les magasins d’alimentation biologique sous la marque « Moulin des moines », ou dans les magasins spécialisés d’Hildegarde de Bingen. Pour les bretons, n’hésitez pas à vous rendre dans l’épicerie Hildegarde & Co à Brech.

Le grand épeautre non hybridé est une bonne source de protéines (16 % contre 12 % pour le blé) et contient les 8 acides aminés essentiels, dont le tryptophane, précurseur de la sérotonine, surnommée « hormone du bonheur ». Riche en minéraux, vitamines et oligo-éléments, il se distingue par une teneur élevée en magnésium (10 à 15 fois plus que le blé), contribuant à la bonne humeur.

Hildegarde précise dans son livre Physica : « L’épeautre donne un esprit joyeux et met de l’allégresse dans l’esprit de l’homme ». Avec un indice glycémique faible (40), il aide également à réguler la glycémie.

Autres aliments phares d’Hildegarde de Bingen

Le meilleur des légumes pour Hildegarde est le fenouil. De son nom latin Feniculum Vulgare, il est aussi appelé aneth doux, anis doux, fenouil commun, fenouil des vignes. Très peu calorique, il contient 90% d’eau, des vitamines et des minéraux. Il est particulièrement riche en potassium, zinc, vitamine B9, vitamine C et anti-oxydants, et contient du magnésium et calcium en quantités intéressantes. Hildegarde le recommande sous toutes ses formes, cru et cuit. Elle en parle comme d’une grande plante de la digestion.

Par ailleurs, la châtaigne est un autre aliment phare d’Hildegarde. Ce fruit est riche en potassium, magnésium, calcium et contient l’acide GABA qui permet de réduire l’anxiété (aussi présent dans le grand épeautre non hybridé). Elle indique d’ailleurs une ou deux châtaignes avant et après chaque repas pour favoriser la santé cérébrale. Elle préconise diverses préparations de châtaignes, chacune ayant des bienfaits spécifiques. Grillée, elle favoriserait la rate ; crue, le cœur ; et en farine avec du miel, le foie. Hildegarde la considère idéale pour maintenir un poids équilibré, renforcer l’immunité et prévenir les troubles métaboliques.

Enfin, l’amande est aussi un aliment incontournable de l’approche d’Hildegarde de Bingen. Elle contient une bonne quantité de magnésium, mais aussi de phosphore, calcium, fer, potassium, iode et vitamines B1, B2, B3, B5, B6, B9. Selon Hildegarde, les amandes sont bonnes pour le foie et le système nerveux. En effet, la présence de magnésium participe à la lutte contre le stress. Elle recommande d’en consommer 6 à 10 par jour, si l’on n’y est pas intolérant.

Les cinq aliments « poisons » selon Hildegarde de Bingen

Hildegarde nous met en garde contre la consommation de cinq aliments. elle les qualifie de « poisons ». Il s’agit du poireau, des prunes, des pêches, des fraises et du porc.

Les effets nuisibles du poireau selon Hildegarde pourraient s’expliquer par le taux élevé en acide oxalique. Cette substance peut s’avérer délétère si elle est consommée en grande quantité, et la présence d’inuline limite sa tolérance intestinale.

Selon elle, mieux vaut s’abstenir de manger des prunes quelle qu’en soit la variété, y compris les pruneaux. Les Dr Hertzka et Wighard  Strehlow citent dans leur livre, A la table de Sainte Hildegarde, le cas d’une personne atteinte de polyarthrite rhumatoïde ayant souffert d’une violente crise de douleurs après avoir mangé une tarte aux quetsches.

Par ailleurs, les pèches sont, selon Hildegarde, difficile à digérer, et par ce fait nuisent au bon fonctionnement de l’organisme. Elles sont à limiter dans son alimentation, au même titre que les brugnons et nectarines.

De plus, au sujet des fraises, elle écrit : « Ces fruits provoquent des glaires pour celui qui en mange, et n’ont aucune vertu, ni pour le malade, ni pour le bien-portant ». Scientifiquement, on sait aujourd’hui qu’il y a beaucoup d’allergènes dans la fraise. Sa consommation libère de l’histamine dans l’organisme, ce qui pourrait provoquer l’apparition de phénomènes allergiques.

Enfin, le porc est une viande qu’elle ne recommande qu’en cas de faiblesse, d’amaigrissement ou d’épuisement. Autrement, elle nous avertit : « C’est un animal impur […], sa nature chaude s’ajoute à celle,chaude également, de l’homme et provoque en lui des troubles dans ses mœurs et ses actions ». La science a démontré que les systèmes hormonaux des humains et des porcs présentent de nombreuses similitudes, ce qui permet au porc d’être utilisé comme modèle en recherche biomédicale pour étudier le système hormonal humain. Les effets du porc tels que décrits par Hildegarde pourraient s’expliquer par cette richesse hormonale dont la consommation pourrait perturber notre propre équilibre hormonal.

Une journée type selon Hildegarde de Bingen

Tout d’abord, au petit déjeuner, Hildegarde recommande son fameux Habermus. Il s’agit d’une bouillie traditionnelle allemande, qui s’apparente à un porridge. C’est un petit déjeuner nourrissant que chacun peut adapter selon ses goûts et ses envies. Il est composé d’une base de flocons de grand épeautre non hybridé cuits dans un liquide chaud (eau ou lait végétal), accompagnés de fruits secs (amandes), de plantes/d’épices (galanga, pyrèthre, cannelle, psyllium) et de miel. En boisson chaude, il est intéressant de boire du « café d’épeautre » (infusion de grains de grand épeautre non hybridé » ou une tisane de fenouil.

A chaque repas, le plat doit comporter une base de grand épeautre non hybridé, accompagnée de légumes et de viande ou poisson. Pour varier les plaisirs, le grand épeautre non hybridé est aujourd’hui décliné sous de nombreuses formes : pâtes, riz, semoule, grains, etc. Dans l’approche d’Hildegarde, il faut éviter les crudités et entrées froides car le système digestif a besoin d’être chaud pour fonctionner. Pour cuisiner, il est recommandé d’utiliser les quatre épices incontournables d’Hildegarde : pyrèthre, hysope, serpolet, galanga.

Hildegarde de Bingen recommande de boire un peu d’eau pendant le repas (un verre), car ce que l’on mange ne doit pas rester « au sec » dans l’estomac au risque de perturber la digestion. Tout comme les aliments, l’eau doit être à température ambiante, voire chaude sous forme de tisane. Les desserts sont facultatifs et Hildegarde indique que les fruits frais sont à consommer en dehors des repas pour ne pas contrarier la digestion.

 

Article écrit par Claire Cressonnier

Naturopathe FENA, Phyto-aromatologue, Réflexologue plantaire

www.clairecressonnier.com

Instagram : @clairecressonnier_naturopathe